La lettre du musicien

- parlez nous des élèves de l’institut de Culture Musicale…

Cette année, nous avons 1800 élèves inscrits, répartis entre Paris et la proche banlieue. Les cours sont ouverts à tout le monde, y compris aux débutants et sans limite d’âge. Ils se font à domicile ou sur le lieu de travail ; les contraintes horaire n’existent plus. Le tarif horaire est en moyenne de 210 francs ; il comprend la rémunération du professeur, le reste correspond aux diverses charges sociales et administratives. Je précise toutefois que l’élève peut déduire 50% de cette somme de sa feuille d’impôt ; l’heure ne lui coûte par conséquent que 105 francs.

-Quel est le statut des enseignants et sur quels critères les engagez-vous ?

Leur recrutement se fait principalement par le bouche-à-oreille. A l’ICM ils sont salariés à temps partiel et engagés sur des contrats à durée indéterminée (CDI). Leur rémunération est fonction des heures effectives de cours qu’ils ont faites pendant le mois. Les enseignants sont pour la plupart au moins titulaires du diplôme d’Etat et un certain nombre d’entre eux sont encore étudiants dans les grands conservatoires.

- Comment déterminez-vous le travail avec les élèves ?

Dans le cas de cours particuliers, la pédagogie est dissociée des cycles habituels au sein d’un conservatoire ; elle se détermine en fonction du niveau de l’élève et de ses attentes musicales. Si l’on prend l’exemple du piano, qui est le premier des instruments enseignés, nous pouvons proposer des cours avec des enseignants spécialisés dans la musique classique, la variété ou le jazz.

- Quelle est l’évolution de la demande en matière de cours particuliers ?

Nous assistons depuis quelques années à un accroissement important de la demande de « pratiques amateurs » des adultes. La plupart de nos élèves adultes ont dû cesser la pratique régulière de l’instrument, généralement pour des raisons professionnelles, alors qu’ils avaient acquis un bon niveau. Ayant dépassé la limite d’âge pour pouvoir intégrer un conservatoire et ne souhaitant pas toujours s’y inscrire, notamment à cause des transports, ils font appel à notre association.

- Lorsque vous parlez de « pratiques amateurs », s’agit-il uniquement de cours particuliers ?

Non, et c’est bien cela la grande nouveauté. Les demandes sont de plus en plus pressantes de la part de ces amateurs qui veulent faire de la musique entre violonistes, guitaristes, voire au sein d’une chorale…Cette pratique collective, toujours à domicile, implique l’accueil chez un particulier. Afin de la développer, ,ous avons donc imaginé des stages de chant et d’instruments qui, sur de courtes périodes dans l’année permettent un travail approfondi.

- Organisez-vous des auditions de vos élèves ?

Ces auditions sont facultatives. Nous les proposons trois fois par an et nous sommes accueillis dans les conservatoires des 6, 7 et 17 ème arrondissements de Paris.


Vous avez également développé des partenariats avec des conservatoires dans le cadre de l’apprentissage des plus jeunes…
Nos actions se développent autour de deux apprentissages dont le coût pour les familles s’élève de 18 à 60 F par enfant.
Le premier concerne l’éveil sonore des enfants jusqu’à l’âge de 3 ans ; il a lieu dans les crèches, les haltes-garderies. Chaque professeur travaille avec dix à douze enfants.
Le second apprentissage concerne l’initiation musicale des enfant de 3 à 6 ans. Les séances sont organisées au domicile des parents, dans les écoles maternelle, dans les conservatoires et les Ateliers Bleus de la ville de Paris. Cette section a été créée en 1992. Dans les écoles maternelles, elle fait appel à des professeurs qui ont développé des liens particuliers avec les enseignants. Ils travaillent sur une méthode à base d’ouvrages et de disques qui apportent cet éveil nécessaire aux plus jeunes. Dans les conservatoires, la pédagogie de l’éveil est différente dans la mesure où elle est axée sur la préparation à l’apprentissage d’un instrument de musique. Les deux approches sont complémentaires et n’entrent nullement en concurrence.

En ce qui concerne notre travail au sein des conservatoires, il se place toujours dans le cadre de l’intervention extérieure. En effet, de plus en plus d’établissements font appel à des associations afin de répondre à des demandes aussi bien liées à la pratique amateur qu’à l’éveil des plus jeunes. Nous entrons dans ce « créneau » avec notre expérience et notre spécialisation dans l’éveil musical.


- Avez vous développé ce type d’intervention dans l’Education nationale, et tout particulièrement après la maternelle ?

Nous commençons tout juste à faire ce type d’interventions qui, dans le cadre du temps scolaire, est pris en charge par l’Education nationale. Ce sont toujours des activités ponctuelles sur un trimestre ; elles répondent à un projet pédagogique précis. En dehors du temps scolaire, d’autres interventions sont réalisées. En ce cas, ce sont les communes ou bien les associations de parents d’élèves qui font appel à nos services.

- Un secteur d’activités, celui de l’intervention dans les entreprises, semble se développer de façon importante…

L’intervention au sein des entreprises n’était pas envisagée à la création de l’ICM. Notre première action fut le fruit du hasard. Le comité d’entreprise de ADP (Aéroports de Paris) nous a contacté, il y a quelques années, pour que nous répondions à une demande de salariés souhaitant avoir une activité musicale sur leur lieu de travail.
- Avec quelles entreprises collaborez-vous et comment organisez-vous cette activité ?

Nous touchons avant tout le secteur tertiaire et tout particulièrement celui des banques (BNP, Caisse nationale du Crédit Agricole, Paribas) et des industries de ponte (Alcatel Space Industries, Thomson CSF …). Les professeurs enseignent entre midi et 14 h, généralement dans les locaux des CE qui disposent au moins d’un piano. Les trois pratiques les plus répandues sont le piano, la guitare et le chant. Les CE subventionnent 50% du prix des cours, le reste tant à la charge des salariés de l’entreprise.

- Avez-vous déterminé un « profil » de vos élèves en entreprise ?

Je ne vous étonnerai pas en vous disant que nous nous adressons majoritairement à l’encadrement supérieur de ces sociétés. D’un point de vue pratique, ces actions sont centralisées dans les sièges des sociétés.

Vous n’imaginez pas le niveau de certains de nos « élèves » ! La plupart du temps, il ne s’agit pas de leur apprendre à jouer d’un instrument, mais de leur faciliter une remise à niveau. Assurément, le niveau social met en relief le niveau culturel (et inversement).

Nous avons aujourd’hui une expérience pointue de ce type d’activités. Nous constatons à quel pont ces personnes veulent préserver au sein de leur entreprise une certaine forme d’anonymat dans toutes leurs activités culturelles : pudeur de l’individu , peur de se dévoiler au sein d’entreprises où la concurrence interne est réelle ? Il est clair que ces salariés, surtout parmi les plus jeunes, ne recherchent pas la pratique collective !
Cette constatation s’inverse totalement dans un cas de figure bien spécifique. Depuis quelques années nous organisons des concerts dans le cadre de structures interbancaires. Cela signifie que les meilleurs musiciens amateurs de plusieurs banques (par définition concurrentes entre elles) se produisent sur scène. Nous remarquons alors que les entreprises se sentent valorisées par les prestations quasi professionnelles de leurs employés.

- Comment imaginez-vous le développement de l’ICM ?

Deux aspects me semblent importants. Le premier concerne notre place au sein des structures d’enseignement de la musique et le second, l’essaimage de nos actions.

Tout d’abord, nos collaborations avec les conservatoires et l’Education nationale ne sont le produit que de contacts personnalisés avec les directeurs des établissements. Ceux-ci contraints par des questions budgétaires, délèguent à notre association le soin d’organiser des cours pour les enfants ou les adultes. Nos actions augmentent d’année en année parce que nous répondons à de réels besoins. Je tiens à souligner que nous ne nous plaçons pas en termes de concurrence avec le conservatoires. Nous avons chacun nos missions et nos publics qui parfois se rejoignent dans le cadre de l’éveil ou bien de la pratique amateur.

Par ailleurs les demandes d’un enseignement à domicile sont de plus en plus nombreuses. Centrée sur Paris, notre action s’est développée en banlieue. Nous recrutons d’ailleurs des enseignants pour Paris et les départements de l’Ouest parisieen (78 et 92 avant tout). Enfin, à la rentrée prochaine, nous allons ouvrir des relais pédagogiques dans plusieurs villes de province.

juin 2001